À 2 h du matin, le réveil a sonné.
J'avais dormi à peine trois heures.
En temps normal, ça aurait été un problème. Mais la veille, nous avions partagé l'un de ces dîners dont on se souvient longtemps après le voyage. Nous nous étions retrouvés au St Clement's Café et, sans trop savoir comment, ce qui devait être un simple dîner s'est transformé en des heures de conversation. Running, travail, vie, ambitions, expériences. Le genre d'échanges qui enrichissent un voyage bien au-delà de l'événement lui-même.
Alors oui, le manque de sommeil était bien réel, mais je n'avais pas le moindre regret.
À 2 h 40, une fois prêt, je suis descendu à la réception. D'autres coureurs attendaient déjà. Personne ne semblait vraiment réveillé, et pourtant tout le monde était déjà branché.
C'est là que les choses sont devenues intéressantes. On nous a annoncé que nous rejoindrions le départ en minibus. Puis on nous a distribué des bandeaux pour les yeux. Tout de suite, j'ai pensé à Squid Game.
Le trajet n'a pas été court. Certains en ont profité pour grappiller un peu de sommeil. Moi, impossible. J'étais déjà complètement plongé dans le défi. Mon esprit essayait sans cesse de deviner la suite, alors que je n'avais presque aucune information.
Nous sommes enfin arrivés. Cent coureurs. Des pays différents. Des âges différents. Des parcours différents. Tous réunis pour le même défi.
Je suis à peu près sûr que chacun avait ses propres objectifs, mais moi, je savais une chose : je n'étais pas là pour simplement participer. Je voulais me mesurer à certains des meilleurs présents.
Après le briefing, nous avons récupéré notre équipement et nous nous sommes dirigés vers le départ. Un silence flottait dans l'air. Celui qui mêle trac, tension et excitation.
Plus personne n'avait l'air fatigué.
Les règles étaient simples. Atteindre un checkpoint pour recevoir un indice menant au suivant. Enchaîner la séquence correctement et, au bout, trouver l'arrivée.
Puis nous nous sommes élancés.
Le rythme a été rapide dès le début. Peut-être grâce à mon expérience en course à pied, j'ai résisté à la tentation de suivre. J'ai préféré trouver mon propre rythme. Je savais que le moment d'accélérer viendrait plus tard.
Les trois premiers checkpoints ont été un véritable chaos.
Dans Epping Forest, chaque raccourci semblait prometteur… jusqu'à ce qu'il ne le soit plus. Chaque sentier pouvait aussi bien mener quelque part d'utile que vous perdre complètement. On avait davantage l'impression de traverser un labyrinthe que de courir en forêt.
Heureusement, à ce stade, nous étions encore nombreux à avancer ensemble. Pendant plus de quinze kilomètres, j'ai partagé le parcours avec six autres coureurs. Des nationalités différentes. Des générations différentes. Mais unis par la même ambition. Après tout, il y a sans doute une raison pour laquelle on court dans des rues et des forêts désertes à cinq heures du matin.
Nous échangions des idées d'itinéraires, nos impressions sur la course et des encouragements. C'était devenu une petite équipe éphémère.
Cela a duré jusqu'au quatrième checkpoint. Là, tout a changé. On nous a remis deux destinations différentes : le Checkpoint 5A et le Checkpoint 5B. Les deux devaient être validés avant de rejoindre l'arrivée, mais l'ordre était libre.
Le groupe s'est immédiatement mis à débattre des itinéraires et à calculer les options. Je les ai remerciés, je leur ai souhaité bonne chance, et je suis parti. Peut-être parce que j'étais le plus jeune, ils ne s'y attendaient pas. Mais je voulais vivre ce défi seul. Et si je devais franchir la ligne d'arrivée, je voulais y arriver complètement vidé. À partir de ce moment-là, la course a vraiment commencé. Il restait treize kilomètres.
Juste Londres et moi.
La ville paraissait irréelle. De longues avenues vides s'étiraient à perte de vue. Des rues entières sans âme qui vive. Par moments, j'avais l'impression de courir sur le tournage de The Walking Dead.
Vers le vingtième kilomètre, mes jambes ont commencé à protester. Le plus étrange, c'est que je continuais d'accélérer. Pendant ces heures, beaucoup de pensées m'ont traversé l'esprit.
J'ai pensé à ma décision de m'installer à Madrid. Au fait de prendre des risques sans savoir où ils mènent. À la façon dont dire oui à une opportunité peut ouvrir des portes inattendues. Aux personnes qui m'entouraient dans cette course et à la réussite professionnelle que beaucoup d'entre elles avaient atteinte.
J'ai pensé à quel point je voulais, moi aussi, construire quelque chose qui ait du sens.
J'ai pensé à quel point je voulais avoir ma place dans ce genre de cercle.
Finalement, après plus de trente kilomètres et une grande partie de Londres traversée, j'ai aperçu un bâtiment habillé aux couleurs de Nike.
L'arrivée.
À peine la ligne franchie, les applaudissements ont éclaté. Je ne m'y attendais pas. Pendant un instant, je n'ai sincèrement pas compris ce qui se passait. L'équipe applaudissait. Les autres coureurs applaudissaient. On me félicitait de toutes parts.
Puis j'ai commencé à discuter avec certains participants déjà arrivés.
C'est là que j'ai compris. Cinquième place. Et de loin le plus jeune coureur présent.
À vrai dire, le classement n'était pas le plus important. Ce qui comptait, c'était d'avoir savouré chaque instant et d'avoir absolument tout donné.
Mais pour être honnête, ce résultat comptait quand même. Parce que pendant toute la course, je n'avais qu'une idée en tête. Je voulais que ces gens sachent que j'étais sérieux. Je voulais prouver que j'avais ma place ici. Et peut-être surtout, je voulais qu'ils se souviennent de moi.
La journée s'est terminée par une incroyable expérience de récupération d'après-course. Petit-déjeuner, hydratation, protocoles de récupération et discussions avec les coureurs à mesure qu'ils franchissaient la ligne, un par un.
Avec le recul, ces conversations ont été presque aussi mémorables que la course elle-même.
De vraies histoires. De vraies personnes.
Le genre de moments qui vous rappellent pourquoi la course continue de m'ouvrir des portes que je n'aurais jamais imaginé franchir.


